Voila un mail que j'ai envoyé a mon grand oncle récement afin de lui décrire mon cadre de vie, et ma ville telle que je la ressent.

Désolé d'être un peu absent en ce moment, mais c'est les vacances...

"Ainsi donc j’habite à Montpellier. Tout près de la magnifique Place de la Comédie que j’ai la chance d’apercevoir depuis mon balcon. J’ignore depuis combien de temps tu n’es pas venu la fouler, mais je vais te raconter comment je la perçois, aujourd’hui.

 

Tout d’abord en fin d’après midi, on sent la luminosité diminuer, et baisser les rayons du soleil dont on sait qu’il se couche derrière l’opéra. Le trafic des tramways de la première ligne, la bleue, diminue, passant de une rame toute les trois minutes à une toutes les cinq minutes. C’est la fin de l’heure d’affluence. La fin de l’après midi, mais pas encore le début de la soirée. La magie de mars laisse aux jours une latence entre cette période et le coucher du soleil, à une heure un peu bâtarde.

 

Ainsi donc la foule va petit à petit se densifier sur la place, et un étrange ballet se constituer vers les divers restaurants. Des couples consultent des menus affichés. Des groupes d’étudiants migrent sans se poser de questions vers le Mac Donald’S répandant ses effluves grasses et salées jusqu’au pieds des trois Grâces.

 

Il fait nuit, ça y est. Plus qu’un tramway toutes les huit minutes. Alors plus question d’attendre le suivant. Ca et là des gens courent pour ne pas le rater. On pourrait être sarcastique et prendre les paris quant à savoir s’il atteindra le quai à temps ou pas.

 

Devant l’opéra on entend les pas rehaussés des dames en robes de soirée. « Don Giovanni » est joué ce soir. Quelques murmures sur le parvis de ce magnifique théâtre XVIIIe. Ici ou là on se réjouit que la représentation aie lieu au vieux théâtre et non au Corum. Les dames tout comme leurs cavaliers sont très bien habillées. Leurs parfums sont dignes de galas. Que ne ferait on pour un opéra à Montpellier.

 

Il fait déjà bon, même le soir, alors les terrasses ne vont pas désemplir. La danse légère des serveurs zigue-zaguant entres leurs tables est elle gracile? Je l’ignore. Tout ce que je sais c’est que la soirée commence à être déjà avancée. On sort de l’opéra, et les gens en noir se dispersent. Certains disparaissent dans les entrailles du parking souterrain.

 

Le parking de la comédie est un monstre étrange, qui transpire le sale par ses conduits d’aération sur la belle place qui lui sert de toit. Paradoxal. Non, Montpellier n’est pas une ville moins sale qu’un autre. Juste mieux entretenue.

 

Les derniers égarés de la nuit errent à présent ivre sur la place de la culture. L’état des belles dalles de granit est apocalyptique. Alors le vrombissement salvateur des camions Nicolin arrivent pour rendre au cœur de la ville un éclat acceptable qui ne survivra pas au lendemain. Sacerdoce à l’odeur de javel pulvérisée.

 

C’est déjà le matin. Le jour commence à poindre et les lumières éclairant les belles façades des hôtels particuliers de la place s’éteignent. Le petit marché de l’esplanade commence à se mettre en place. Les tramways circulent déjà depuis cinq heure du matin, dans l’indifférence des nombreux livreurs qui inondent la place, tôt le matin, et la libèrent très vite ensuite.

 

Et le cycle recommence. Les gens prennent le tramway pour aller travailler, ou en descendent pour venir travailler. Restaurants, bars, boutiques, banques, administrations, le centre ville vit. Vers midi, il respirera un peu, les gens  iront déjeuner ça et là, sur des bancs, dans une brasserie, sur les marches du théâtre, profitant de la douceur de début mars. Et ça sent le mimosa…"

bonne vacances à vous tous

antoine